Le groupe WhatsApp de ma bande d'amis ne s'arrête jamais
Ma bande de potes gays a un groupe de chat. Il y a 847 messages non lus. Plus personne ne sait de quoi ça parlait.
Mon téléphone vibre. Encore. C'est le groupe de potes. Six homos, un chat, aucun répit.
Le groupe s'appelle Les Filles. Quelqu'un avait trouvé ça drôle en 2019. Depuis, on est collés à l'app.
La journée commence tôt
À sept heures et demie, Bas poste une photo de son petit-déj. De l'avocat. Toujours de l'avocat.
Marc réagit avec un emoji feu. Marc réagit à tout avec un emoji feu. Même aux mauvaises nouvelles.
Puis Thomas arrive avec une capture Grindr. Quelqu'un l'a appelé « daddy ». Thomas a 29 ans. Il faut qu'on en parle.
Le drame de midi
Vers l'heure du déj, ça devient sérieux. Quelqu'un s'est engueulé avec son mec. Ou son patron. Ou son coiffeur.
On donne des conseils. Plein de conseils. Des conseils qui se contredisent.
« Largue-le », dit Kevin. Kevin dit toujours « largue-le ». Kevin est célibataire depuis sept ans.
« Parlez-en », dit Jérôme. Jérôme est thérapeute. Jérôme est aussi célibataire.
Moi, je poste généralement un gif. C'est plus sûr.
La soirée
Après dix-huit heures, le groupe devient un vestiaire. Les photos d'outfit s'échangent sans fin.
« Le t-shirt rentré ou sorti ? »
« Ces chaussures ou celles-là ? »
« C'est pas trop ? »
La réponse à cette dernière question est toujours non. On n'est pas des amis qui freinent. On est des amis qui poussent.
Bas demande si ses lunettes vont avec son chemise. Il n'a qu'une paire de lunettes. Cette conversation dure quarante minutes.
Le problème du week-end
Le vendredi, on essaie de se voir. C'est l'exercice le plus difficile de la semaine.
Marc ne peut que tard. Thomas a un rendez-vous. Kevin « prend du champ ». Jérôme bosse encore.
Bas propose une date en mars. On est en novembre.
Finalement, on sort boire un verre à deux. Toujours les deux mêmes. Jamais les deux qui l'ont proposé.
Le silence qui ne vient jamais
Parfois, je rêve d'une journée sans notifications. Un après-midi sans app. Un téléphone silencieux.
Et il vibre. Thomas a un nouveau match. Il s'appelle aussi Thomas.
« Ça marche, ça ? » demande Thomas.
Marc envoie un feu. Kevin dit « largue-le ». Jérôme analyse.
Bas poste une photo de son dîner. De l'avocat.
Et moi, je souris à mon téléphone. Parce qu'au fond, je ne mettrais jamais ce groupe en sourdine. Six homos, un chat, et zéro chance de s'ennuyer.
Tous ces messages, c'est juste des gens qui disent : je pense à toi. Avec un emoji feu à côté. Ou un avocat.